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L’ensemble funéraire du bois sacré de Nsadwer-Bosomtwi (GHANA – Afrique de l ’ouest), approche épidémiologique.

Posté par ericboes le 30 septembre 2007

Gersende ALIX, Eric BOËS, Gérard CHOUIN, Patrice GEORGES

Le bois sacré de Bosomtwi se trouve au nord-est du village de Nsadwer, à une vingtaine de kilomètres à l ’ouest de Cape Coast et à quelques kilomètres de la côte. Il recouvre aujourd’hui un habitat daté de la première moitié du XVIIe siècle, abandonné probablement vers 1660 et sans relation directe avec le village de Nsadwer fondé seulement vers 1870. Un niveau d’occupation plus ancien, précédant l’arrivée des Européens, n’a pas encore été daté.

Des sépultures repérées en 2002 à la lisière de ce bois marquent l’emplacement d’un cimetière probablement créé plusieurs décennies après la fondation du village et qui demeura en activité pour une durée encore indéterminée après l’abandon du site. La mission menée en 2003 s’est déroulée sur une partie de la nécropole, en accord avec les autorités du village de Nsadwer et le lignage propriétaire des terres situées autour du bois .

 

La fouille, réalisée sur une surface de 9 m2, a été complétée par des sondages de vérification qui ont permis de délimiter partiellement l ’ensemble funéraire, dont la superficie a été estimée à 500 m2. L ’épaisseur des dépôts n ’est pas très importante (1 m environ) et certaines sépultures ont été perturbées lors de la plantation de manioc, dont les longues racines entraînent un fort remaniement des terrains lors de la récolte. De nombreuses interventions post-sépulcrales, liées au fonctionnement funéraire (réductions de corps) ont également perturbé l ’agencement des sépultures. Des segments de squelettes en position ont toutefois permis de restituer la position des corps et le nombre des inhumations estimé à au moins 5 sépultures. Au regard des dimensions réduites de la fouille, ce nombre apparaît élevé, d ’autant plus que les réductions de corps mises en évidence ne sont pas comptabilisées.

Le squelette mis au jour au centre du sondage (individu 27) est le seul qui a livré des éléments de parure, en position sur le corps. Il s’agit de perles en verre et en or alignées au niveau du poignet droit. De nombreuses pipes en terre de fabrication locale et des haches en pierre polie ont également été mises au jour, mais aucune n’a pu être associée précisément à une sépulture. L’ensemble du matériel recueilli est actuellement à l ’étude, mais la quasi contemporanéité des sépultures avec l’habitat situé à proximité immédiate est déjà assurée.

Les premiers résultats de la fouille ont permis de mettre en évidence un ensemble d ’ossements présentant les mêmes atteintes pathologiques. Les remaniements correspondent à une infection chronique, produisant des raréfactions osseuses et des réactions ostéoclérosantes. Les ossements concernés regroupent principalement des os longs des membres inférieurs, ainsi que quelques fragments de crâne et des diaphyses de métatarsiens.

L’étude porte principalement sur les os retrouvés en position secondaire du fait des remaniements des terrains et il n’a pas été possible de déterminer un NMI des individus atteints très satisfaisant, du fait de la forte fragmentation des vestiges en position secondaire. Il est seulement possible de préciser que les atteintes concernent au moins deux individus pour les sondages de 2OO2, dont un adulte et un très jeune enfant et 3 individus dans le sondage de 2003, dont un individu retrouvé partiellement en place.

Les surfaces osseuses, bien que fortement remaniées, restent régulières, avec des empreintes sinueuses longitudinales («  traces d »escargots  ») et des gonflements au niveau des extrémités des diaphyses fémorales. Un épaississement périosté apparaît sur plusieurs diaphyses, notamment sur la face antérieure de certains tibias, associé à un rétrécissement médullaire. Le tissu spongieux n’est pas atteint, sauf au niveau du crâne où un épaississement du diploé peut être observé. Des destructions gommeuses apparaissent sur certaines diaphyses fémorales (voir figure). Les dystrophies observées sur les os longs des individus adultes sont apparemment toujours symétriques.

Si la majorité des os atteints concerne des individus dont les os sont matures, un humérus droit d ’enfant périnatal présente une apposition périostée, associée à un processus ostéolytique au niveau de son extrémité proximale.

Les diaphyses ne présentent pas de déformation en arc, comme dans la maladie de Paget. La surface des os apparaît moins irrégulière que dans cette maladie et les lésions circulaires observées sur les diaphyses fémorales ne sont pas décrites pour cette dernière. Nous pensons pouvoir exclure la tuberculose osseuse, du fait de la présence d’un gonflement des diaphyses.

L’environnement épidémiologique de l’ensemble funéraire n’est connu que partiellement, mais les données recueillies apparaissent cohérentes et l’hypothèse d ’une tréponématose peut être proposée, en fonction des localisations et la nature des atteintes. Les manifestations osseuses des tréponématoses endémiques sont dues à Treponema pallidum et Treponema carateum dont la diffusion s ’effectue par voie sanguine. La distribution des atteintes observées chez les adultes et le nombre des individus atteints évoque le pian, mais il apparaît impossible de proposer un diagnostic définitif, dans tous les cas difficile à obtenir à l ’aide des seuls ossements. L’humérus d’enfant périnatal découvert en 2002 pose d ’ailleurs un problème de diagnostic, car il implique une infection in utero, qui ne semble pas être possible dans le cas d’une tréponématose non vénérienne.

De nombreux auteurs s’accordent pour dire que le pian n’est jamais congénital. Mais cette opinion, bien que fortement unanime, s’oppose aux remarques de certains auteurs, qui n’excluent pas cette possibilité. Wilson et Mathis estiment ainsi que le pian peut être héréditaire ( cité par FROMENT 1994, p. 44). M.

Grmeek soulignait également, dans une discussion concernant le squelette de foetus d’époque romaine de Costebelle (Var), que la transmission congénitale placentaire pouvait intervenir dans le cas d’infection dite «  fraîche  » de la femme enceinte, atteinte par le tréponème du pian (DUTOUR et alli 1994 P. 145).

Bien que cette opinion ait été fortement contestée, en l’absence de cas clinique décrit dans la littérature médicale, le problème demeure en suspend et les données dont nous disposons soulèvent de nouvelles interrogations dans un contexte historique et géographique déterminant. Certains individus ont pu contracter une syphilis vénérienne, à l’image des contaminations congénitales constatées durant la Première guerre mondiale dans des populations qui avaient déjà contractées le pian (où ce type de contamination était jusque là inconnu). Mais les symptômes peuvent aussi avoir évolué et il est difficile de proposer une hypothèse définitive sur cette question. Le fait également que l’humérus d ’enfant ait été mis au jour dans un niveau remanié nous prive d’un examen global du squelette et d’un environnement funéraire précis.

Bien qu’effectuée sur une surface encore réduite, la fouille menée en 2003 a révélé un environnement épidémiologique particulièrement intéressant sur le plan historique. La forte densité des dépôts a permis de préciser l’idée d’une relative contemporanéité des sépultures, même si certains individus ont fait l’objet de réductions de corps, intégrées dans le fonctionnement funéraire. Dans l’ensemble, les interventions faites avant les remaniements donnent l’image d’une occupation dense dans un espace réservé aux seules inhumations, intégré au contact même de l ’habitat. La forte proportion des os pathologiques n’est pas surprenante dans le cas d’une atteinte par le pian, mais le diagnostic différentiel ne permet pas d’exclure un ou plusieurs cas de syphilis congénitale.

Les premiers résultats de l ’opération menée en 2003 apparaissent très encourageants et le nouveau projet de fouille, en cours de préparation, aura pour objectif de préciser davantage l ’environnement archéologique, afin de caractériser le recrutement de l ’ensemble funéraire. Le dépouillement des sources historiques pourra peut-être préciser la nature des contacts entretenus entre ce groupe et les occidentaux déjà très présents dans cette partie du Ghana, au cours de la deuxième moitié du XVIIe siècle. Il s ’agira également de préciser la nature des relations entretenues avec le port principal du royaume d’Eguafo, afin d ’évaluer le degré d ’isolement du groupe étudié. L ’étude en cours du matériel archéologique apportera d ’ailleurs des renseignements précis à ce sujet.

 

La mission s’est déroulée en juin 2003, avec le concours du directeur régional du Ghana Museums and Monuments Board à Cape Coast, que nous tenons à remercier.

La fouille du site Nsadwer-Bosomtwi, réalisée sous la direction de Gérard Chouin (Syracuse University, NY), s’inscrit dans un projet de thèse financé par une bourse IDRF attribuée par le Social Sciences Research Council.BibliographieCHOUIN G. (2002) – Sacred groves as historical and archaeological markers in southern Ghana. Ghana Studies 5 (2002) 177-196.CHOUIN G. (2002) – Sacred Groves in history : pathways to the social shaping of forest landscapes in coastal Ghana. IDS Bulletin, 33, 1, 2002, 39-46.

BCCEPA
Anthropologie, paléoanthropologie et archéologie
Activités et nouvelles
1ère année – n° 2, février-mars 2004, 3 p.

 

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