Des ossuaires et des momies dans la Nécropolis d’Alexandrie (EGYPTE), rapport de la mission 2003 

Posté par ericboes le 30 septembre 2007

Eric BOËS*, Patrice GEORGES*et Gersende ALIX **

Avec la collaboration de Christel LEYENBERGER** 

*Institut National de Recherches Archéologiques Préventives

**Centre d’Etudes des Populations Anciennes de Colmar

La Nécropolis des quartiers ouest d’Alexandrie, littéralement «  ville des morts  », est l’un des plus importants complexes funéraires du monde antique, constitué d’hypogées creusés dans le calcaire dès le IIIe s. av. J.-C et utilisés jusqu’à la période chrétienne. Depuis 1997, la redécouverte de près de quarante tombes, composées de plusieurs centaines de sépultures, a permis l’étude de comportements funéraires peu connus dans les nécropoles gréco-romaines d’Egypte. Elle a également été l’occasion d ’une étude spécifique des gestes pratiqués sur les corps incomplets et l ’aménagement d ’ossuaires.

La désobstruction des centaines de tombes de la Nécropolis depuis les premières fouilles menées au XIXe siècle a confronté les fouilleurs à des milliers d’ossements épars, accumulés sans o rdre apparent dans les loculi et les caveaux. Cette image décevante pour ceux qui cherchaient les sépultures intactes de quelques privilégiés de l’Alexandrie hellénistique et romaine a souvent été reliée aux pillages pratiqués dans les hypogées dès l ’Antiquité. Pourtant, bon nombre de ces sépultures n’ont subi aucun des outrages tant décriés et des manipulations réalisées sur les corps sont contemporaines du fonctionnement des hypogées. Pour comprendre l’importance de cette découverte, il a fallu rechercher les preuves les plus explicites, tant les différences entre des ossements mélangés par des pilleurs et les gestes pratiqués sur les mêmes os par les utilisateurs de la Nécropolis peuvent apparaître limitées. La découverte de véritables ossuaires, aménagés dans des niches parfois scellées, a toutefois permis d ’accréditer l ’existence d ’une manipulation des ossements après la décomposition des corps dans les loculi. Cette gestuelle funéraire signale une gestion volontaire des restes osseux ayant perdu leur identité, qui se traduit tout au long de la transformation des corps déposés dans les hypogées. Non sans caractériser un véritable paradoxe alexandrin, elle traduit une mentalité funéraire inconnue auparavant dans le reste de l’Egypte. Elle s’inscrit dans un modèle de pensée qui accepte la rupture de l’unité corporelle du défunt après la mort et permet ainsi un traitement spécifique des restes humains disloqués, au sein même des tombes. Une telle gestion peut encore surprendre, car elle contraste pour cette époque avec les comportements les plus couramment pratiqués dans les ensembles funéraires de l ’Egypte gréco-romaine, attachés à la conservation et à la préservation du corps après la mort.

S’il est encore difficile d’appréhender la diversité des comportements funéraires hellénistiques pratiqués dans la Nécropolis, l’époque romaine a dévoilé une somme importante d’informations, argumentée par des examens taphonomiques systématiques. Progressivement, les enchevêtrements d’ossements ont livré les secrets de gestes réalisés sur les corps déposés dans les hypogées. Le nombre des corps déposés, leur position et leur devenir tout au long de l’utilisation des niches a permis de comprendre que les dépôts demeuraient bien souvent temporaires (BOËS, GEORGES, ALIX 2002 ; GEORGES, BOËS, ALIX, SCHMITT 2003). L’utilisation maximale de l’espace a imposé aux gestionnaires des tombes une superposition des corps sur plusieurs niveaux, même dans les espaces les plus étroits, et des phases de vidanges régulières. Le nombre élevé d’individus disloqués, retrouvés sous les défunts les plus récents, illustre une pratique retrouvée dans la majorité des hypogées du quartier de Gabbari. Le lien entre les corps incomplets retrouvés dans les sépultures et les espaces réservés à l’intérieur des tombes aux seuls os en déconnexion a vite été établi, révélant le caractère éphémère de ces demeures dites «  d’éternité  ». Ce second cycle dans le traitement des corps après la mort ne semble pas a priori compatible avec l’usage des pratiques de momification volontaire. Cette pratique est cependant bien représentée dans la Nécropolis, malgré le mauvais état de conservation des préparations du à la forte humidité ambiante à Alexandrie (BOËS, GEORGES 2000). La mise au jour de plusieurs momies intégrées au dispositif de ces tombes communautaires est un paradoxe d’autant plus intéressant, qu’il permet de mieux comprendre l’organisation collective des hypogées alexandrins. Si certaines momies ont été préservées sous des monuments funéraires, la découverte dans les ossuaires de segments anatomiques, voire de corps complets, témoigne bien du sort qui leur était parfois réservé. Le mélange des corps momifiés et non momifiés dans les ossuaires a également été observé dans des caveaux scellés. L’humidité ambiante limitant les phénomènes de dessiccation naturelle, fréquents dans les nécropoles situées en dehors du delta du Nil, la putréfaction des corps non embaumés a pu accélérer la destruction des momies, même si ces dernières étaient souvent bien préservées par une forte épaisseur de tissus (wrapping).Même les momies les plus élaborées n’échappaient manifestement pas à ce phénomène. Ainsi, la seule momie dorée pour cette région de l’Egypte a été exhumée du niveau inférieur d’un caveau de la tombe XVII de Gabbari, daté entre le Ier siècle av. J.-C. et le Ier siècle ap. J.-C. Le défunt, au visage recouvert de feuilles d’or et dont le cerveau a été éviscéré (orifice au niveau de l’os occipital), était au contact de corps déposés dans un simple linceul. La vingtaine de couches de tissus, dont la couleur foncée signale une forte imprégnation de produits, n’a pas suffit à préserver cette momie qui s’est finalement fragmentée et décomposée.

Ces observations illustrent un fonctionnement bien différent des autres complexes funéraires de l’Egypte romaine étudiés lors de fouilles archéologiques, comme Marina-el-Alamein ou Douch, près de l’oasis de Dakhla. Aussi, les textes concernant la nécropole de Thèbes aux époques hellénistique et romaine ne semblent pas évoquer de telles pratiques, malgré la réutilisation de nombreuses tombes plus anciennes. Ville attractive tout autant pour les étrangers que pour les Egyptiens, Alexandrie est devenue très hétérogène dans la composition de sa population, surtout à l’époque romaine. L’importance des populations cohabitant à l’ouest de la ville, à proximité des ports et des entrepôts, a pu accentuer la juxtaposition de registres de pensée très différents et favoriser de nouvelles mentalités funéraires. Alors que les méthodes d’embaumement demeurent complexes, l’utilité des momies ne semble concerner que le temps de l’exposition dans les loculi, qui ne sont plus systématiquement scellés, comme durant la période hellénistique (fermeture probable par des dispositifs légers en tissu et/ou en bois). Les momies demeuraient accessibles et l ’on peut envisager des déplacements de ces dernières selon les besoins de la gestions des hypogées. Au bout d ’un certains temps, ces momies se dégradaient ou la somme versée pour leur entretien nécessitait un autre traitement à un moment donné. Cette situation permet d ’expliquer la présence de segments de corps momifiés à l ’intérieur de certains ossuaires.

Les gestes religieux attachés aux pratiques multiséculaires de l’embaumement présentaient finalement plus d’importance que leur efficacité (d’ailleurs réelle) sur la conservation des corps. Les corps momifiés pouvaient donc sans état d’âme être désarticulés et réduits en morceaux, avant de rejoindre d’autres fragments de corps sans individualité.

La coexistence d’ossuaires et de momies fait de la Nécropolis un ensemble funéraire singulier, dont l’organisation communautaire et collective des tombes reste unique en Egypte. Cette nouvelle façon de gérer la mort apparaît progressivement sous l’influence d’idées grecques puis romaines, intégrant et adaptant les mentalités funéraires de tradition égyptienne. Initiée par une population en quête d’identité sociale, cette évolution est avant tout le fruit d’une population cosmopolite. Les études taphonomiques appliquées à l’examen des ossements retrouvés dans les loculi et les caveaux ont permis de retracer cette étape du fonctionnement des hypogées, si particulière en terre d’Egypte.

 

Les missions paléoanthropologiques menées à Alexandrie ont été financées par le Centre d ’Etudes Alexandrines, dirigé par Jean-Yves Empereur, et l ’Institut National de Recherches Archéologiques préventives pour les missions menées en 2001 et 2003.

Bibliographie

BOËS E., GEORGES P. (2000) – les momies oubliées de la Nécropolis d’Alexandrie. Archéologia, juillet/août 2000.

BOËS E., GEORGES P., ALIX G. (2002) — Des momies dans les ossuaires de la Nécropolis d’Alexandrie : quand l’éternité à une fin. In «  La mort n’est pas une fin. Pratiques funéraires en Egypte d’Alexandrie à Cléopâtre « . Sous la direction d’Alain Charron. Catalogue de l’exposition du 28 septembre 2002 au 5 janvier 2003. Musée de l’Arles antique. 69-71.

GEORGES P., BOËS E., ALIX G., SCHMITT A. (2003) – Des momies éphémères et des os pour l’éternité. la gestion paradoxale de la nécropolis d’Alexandrie à l’époque romaine. In  » La ville et ses déchets dazns le monde romain : rebuts et recyclages « . Actes du colloque de poitiers (19-21 septembre 2002, sous la direction de Pascale Ballet, pierre Cordier, Nadine Dieudonné-Glad, 277-301.

 

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Anthropologie, paléoanthropologie et archéologie
Activités et nouvelles

1ère année – n° 3, avril 2004, 3 p.

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L’archéologie confrontée aux manipulations de cadavres

Posté par ericboes le 2 octobre 2007

Eric BOËS (INRAP) 

Si la transformation du cadavre interpelle les vivants, elle entraîne tout autant des réactions de craintes, que des manipulations complexes toutes fortement codifiées. Les outrages au corps ne sont finalement que les prémisses de cette transformation ultime du cadavre, autour de laquelle toutes les sociétés ont composé leurs rites et leurs croyances funéraires. Selon ce principe, il n’existe pas une opposition stricte entre les sociétés anciennes et celles plus récentes considérées, à tort, comme des étalons de référence pour l’évaluation des comportements anciens. 

Les manipulations de cadavres dans l’Occident moderne et contemporain 

L’histoire récente du corps témoigne ainsi des changements intervenus dans la façon de traiter le cadavre morcelé et ouvert. Depuis le développement des dissections anatomiques au cours du XVIe siècle, la banalisation du corps morcelé et exposé s’est accentuée jusqu’au début du XXe siècle. Si les objectifs ont été de découvrir le fonctionnement du corps, les trafics de cadavres, convoités pour l’enrichissement des collections d’anatomie normale et pathologiques, ne sont pas les seules manifestations de cette profanation raisonnée. Cet attrait pour le corps en lambeau se retrouve dans l’affluence des curieux lors des exécutions publiques jusqu’au début du XXe siècle, ou encore dans les foires où ont été longtemps exposées des préparations anatomiques dégagées de toute raison d’enseignement. Il faut attendre la fin de la Première Guerre mondiale pour voir s’opérer en France un mouvement de réprobation pour la manipulation des cadavres, rejet probablement du au traumatisme de la Première guerre mondiale. C’est durant cette période que bon nombre de musées d’anatomie sont fermés au public, alors que les préparations corporelles conservées dans les collections ethnographiques sont progressivement sorties des vitrines, pour trouver une place souvent définitive dans les réserves. 

Manipulations réprouvées et le rôle de l’archéologie 

Pour autant, le corps morcelé fait à nouveau son apparition dans les années Vingt, sous la forme d’un exotisme plus acceptable et commode. Les sentiments confus entretenus avec le cadavre trouvent une nouvelle voie avec l’ethnologie et la Préhistoire. Apparaît dès lors un va-et-vient incessant entre ces deux disciplines, l’une offrant à l’autre des exemples éloquents de violences sur le corps, sortis de leur contexte les plus lointains, l’autre assurant l’idée d’un état primitif de l’Homme, qui valide aussi la dépendance des colonies envers les pays occidentaux. 

Si la manipulation du cadavre est encore considérée comme l’un des signes évidents de la primitivité des sociétés préhistoriques, c’est aussi parce que ces manipulations sont réservées à des spécialistes dans nos sociétés. Si celles-ci acceptent les pratiques de mutilations sur le vivant ou sur les morts (chirurgie esthétique, thanatopraxie), ces interventions sont très codifiées et demeurent le plus souvent cachées. Toutefois, notre quotidien est encore environné de reliques de saints, conservés dans les églises, et les nombreuses collections anatomiques dans les musées conservent un attrait pour le grand public, démontrant encore ce lien avec le corps réduit à l’état d’os.  Les ossements humains retrouvés en archéologie lors de la fouille d’habitats proviennent bien souvent de manipulations effectuées sur des squelettes et non sur des corps en chair découpés. Les comportements reliquaires sont presque des invariants culturels qui traduisent chez les groupes la volonté de maintenir un lien direct avec les ancêtres. Le maintien de liens entre les vivants et les morts passe parfois par ces fragments d’ossements, à l’image des mèches de cheveux de parents décédés que l’on conservaient en Alsace au XIXe siècle dans des cadres en bois ; que dire des dents de lait déposées dans des petites boîtes… Si notre époque a tenté de réprouver les manipulations de cadavres, de nombreux comportements, bien établis, nous renvoient à ces manipulations de corps morts, dont l’existence atteste la pérennité de comportement dont l’étude implique une approche sociologique comparative. 

Le vivant et le cadavre, jamais vraiment séparés 

Confronté aux ossements des sépultures, l’archéologue est devenu un intermédiaire entre les sentiments les plus opposés aux manipulations des cadavres et ce besoin très ancien de faire entrer l’intimité du squelette dans notre quotidien. Alors que nos sociétés réprouvent les manipulations de cadavres, ce sont des milliers de sépultures qui chaque année sont exhumées par l’archéologie dite préventive. Ce genre de“ trafic ” des ossements n’a peut être jamais été aussi important et ce ne sont pas les raisons scientifiques qui peuvent seules justifier l’intérêt ambiguë du public pour la découverte de ces squelettes. Objet de science, l’os humain sorti des fouilles n’est pas toujours considéré comme une partie de notre patrimoine collectif. Une différence est faite entre les squelettes d’une nécropole du haut Moyen Age et un fragment d’os retrouvé dans une couche du Paléolithique. Et à l’inverse du grand public, les traditions de recherches accordent souvent une plus grande valeur à certains vestiges pour leur ancienneté, alors que les nécropoles mérovingiennes attirent toujours les foules. La gestion très disparate des collections d’ossements humains qui s’accumulent dans les musées témoigne bien des incertitudes qui pèsent sur ces collections sans statut, dont le devenir est plus accroché à des notions de morale, qu’à un cadre légal clair. Les exemples de réinhumation illustrent également les hésitations qui poussent les décideurs à répondre à des exigences religieuses ou des croyances pourtant hésitantes à leur sujet. 

Il est aisé de prendre conscience de cette situation ambiguë où l’observateur archéologue ne prend pas de distance avec son objet d’étude. La compréhension du rôle du corps dans l’histoire humaine reste bien obscure dans cette thématique historique située à la frontière entre les recherches des origines de l’homme et l’anthropologie culturelle. L’archéologie a ouvert de nouveaux espoirs de quêtes des origines où les attentions sont encore confuses et incertaines. Les manipulations de cadavre décrites par exemple pour le Néolithique provoquent encore des commentaires de réprobation, aussi bien chez le public non spécialisé que chez des archéologues avertis. Au fond de tout un chacun, il demeure difficile de comprendre ces comportements qui semblent avoir disparu depuis longtemps. En fait, ces comportements ne sont réprouvés que depuis le début du XXe siècle et les plastinations (cadavres dont les tissus ont été remplacés par des matières synthétiques) de Günter von Hagens exposées en Europe ces dernières années illustrent bien cet intérêt pour le cadavre, qui fait régulièrement de bruyantes réapparitions. 

BCCEPA, Activités et Nouvelles, 4e année – n°1 janvier 2007, 3 p. 

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L’ensemble funéraire du bois sacré de Nsadwer-Bosomtwi (GHANA – Afrique de l ’ouest), approche épidémiologique.

Posté par ericboes le 30 septembre 2007

Gersende ALIX, Eric BOËS, Gérard CHOUIN, Patrice GEORGES

Le bois sacré de Bosomtwi se trouve au nord-est du village de Nsadwer, à une vingtaine de kilomètres à l ’ouest de Cape Coast et à quelques kilomètres de la côte. Il recouvre aujourd’hui un habitat daté de la première moitié du XVIIe siècle, abandonné probablement vers 1660 et sans relation directe avec le village de Nsadwer fondé seulement vers 1870. Un niveau d’occupation plus ancien, précédant l’arrivée des Européens, n’a pas encore été daté.

Des sépultures repérées en 2002 à la lisière de ce bois marquent l’emplacement d’un cimetière probablement créé plusieurs décennies après la fondation du village et qui demeura en activité pour une durée encore indéterminée après l’abandon du site. La mission menée en 2003 s’est déroulée sur une partie de la nécropole, en accord avec les autorités du village de Nsadwer et le lignage propriétaire des terres situées autour du bois .

 

La fouille, réalisée sur une surface de 9 m2, a été complétée par des sondages de vérification qui ont permis de délimiter partiellement l ’ensemble funéraire, dont la superficie a été estimée à 500 m2. L ’épaisseur des dépôts n ’est pas très importante (1 m environ) et certaines sépultures ont été perturbées lors de la plantation de manioc, dont les longues racines entraînent un fort remaniement des terrains lors de la récolte. De nombreuses interventions post-sépulcrales, liées au fonctionnement funéraire (réductions de corps) ont également perturbé l ’agencement des sépultures. Des segments de squelettes en position ont toutefois permis de restituer la position des corps et le nombre des inhumations estimé à au moins 5 sépultures. Au regard des dimensions réduites de la fouille, ce nombre apparaît élevé, d ’autant plus que les réductions de corps mises en évidence ne sont pas comptabilisées.

Le squelette mis au jour au centre du sondage (individu 27) est le seul qui a livré des éléments de parure, en position sur le corps. Il s’agit de perles en verre et en or alignées au niveau du poignet droit. De nombreuses pipes en terre de fabrication locale et des haches en pierre polie ont également été mises au jour, mais aucune n’a pu être associée précisément à une sépulture. L’ensemble du matériel recueilli est actuellement à l ’étude, mais la quasi contemporanéité des sépultures avec l’habitat situé à proximité immédiate est déjà assurée.

Les premiers résultats de la fouille ont permis de mettre en évidence un ensemble d ’ossements présentant les mêmes atteintes pathologiques. Les remaniements correspondent à une infection chronique, produisant des raréfactions osseuses et des réactions ostéoclérosantes. Les ossements concernés regroupent principalement des os longs des membres inférieurs, ainsi que quelques fragments de crâne et des diaphyses de métatarsiens.

L’étude porte principalement sur les os retrouvés en position secondaire du fait des remaniements des terrains et il n’a pas été possible de déterminer un NMI des individus atteints très satisfaisant, du fait de la forte fragmentation des vestiges en position secondaire. Il est seulement possible de préciser que les atteintes concernent au moins deux individus pour les sondages de 2OO2, dont un adulte et un très jeune enfant et 3 individus dans le sondage de 2003, dont un individu retrouvé partiellement en place.

Les surfaces osseuses, bien que fortement remaniées, restent régulières, avec des empreintes sinueuses longitudinales («  traces d »escargots  ») et des gonflements au niveau des extrémités des diaphyses fémorales. Un épaississement périosté apparaît sur plusieurs diaphyses, notamment sur la face antérieure de certains tibias, associé à un rétrécissement médullaire. Le tissu spongieux n’est pas atteint, sauf au niveau du crâne où un épaississement du diploé peut être observé. Des destructions gommeuses apparaissent sur certaines diaphyses fémorales (voir figure). Les dystrophies observées sur les os longs des individus adultes sont apparemment toujours symétriques.

Si la majorité des os atteints concerne des individus dont les os sont matures, un humérus droit d ’enfant périnatal présente une apposition périostée, associée à un processus ostéolytique au niveau de son extrémité proximale.

Les diaphyses ne présentent pas de déformation en arc, comme dans la maladie de Paget. La surface des os apparaît moins irrégulière que dans cette maladie et les lésions circulaires observées sur les diaphyses fémorales ne sont pas décrites pour cette dernière. Nous pensons pouvoir exclure la tuberculose osseuse, du fait de la présence d’un gonflement des diaphyses.

L’environnement épidémiologique de l’ensemble funéraire n’est connu que partiellement, mais les données recueillies apparaissent cohérentes et l’hypothèse d ’une tréponématose peut être proposée, en fonction des localisations et la nature des atteintes. Les manifestations osseuses des tréponématoses endémiques sont dues à Treponema pallidum et Treponema carateum dont la diffusion s ’effectue par voie sanguine. La distribution des atteintes observées chez les adultes et le nombre des individus atteints évoque le pian, mais il apparaît impossible de proposer un diagnostic définitif, dans tous les cas difficile à obtenir à l ’aide des seuls ossements. L’humérus d’enfant périnatal découvert en 2002 pose d ’ailleurs un problème de diagnostic, car il implique une infection in utero, qui ne semble pas être possible dans le cas d’une tréponématose non vénérienne.

De nombreux auteurs s’accordent pour dire que le pian n’est jamais congénital. Mais cette opinion, bien que fortement unanime, s’oppose aux remarques de certains auteurs, qui n’excluent pas cette possibilité. Wilson et Mathis estiment ainsi que le pian peut être héréditaire ( cité par FROMENT 1994, p. 44). M.

Grmeek soulignait également, dans une discussion concernant le squelette de foetus d’époque romaine de Costebelle (Var), que la transmission congénitale placentaire pouvait intervenir dans le cas d’infection dite «  fraîche  » de la femme enceinte, atteinte par le tréponème du pian (DUTOUR et alli 1994 P. 145).

Bien que cette opinion ait été fortement contestée, en l’absence de cas clinique décrit dans la littérature médicale, le problème demeure en suspend et les données dont nous disposons soulèvent de nouvelles interrogations dans un contexte historique et géographique déterminant. Certains individus ont pu contracter une syphilis vénérienne, à l’image des contaminations congénitales constatées durant la Première guerre mondiale dans des populations qui avaient déjà contractées le pian (où ce type de contamination était jusque là inconnu). Mais les symptômes peuvent aussi avoir évolué et il est difficile de proposer une hypothèse définitive sur cette question. Le fait également que l’humérus d ’enfant ait été mis au jour dans un niveau remanié nous prive d’un examen global du squelette et d’un environnement funéraire précis.

Bien qu’effectuée sur une surface encore réduite, la fouille menée en 2003 a révélé un environnement épidémiologique particulièrement intéressant sur le plan historique. La forte densité des dépôts a permis de préciser l’idée d’une relative contemporanéité des sépultures, même si certains individus ont fait l’objet de réductions de corps, intégrées dans le fonctionnement funéraire. Dans l’ensemble, les interventions faites avant les remaniements donnent l’image d’une occupation dense dans un espace réservé aux seules inhumations, intégré au contact même de l ’habitat. La forte proportion des os pathologiques n’est pas surprenante dans le cas d’une atteinte par le pian, mais le diagnostic différentiel ne permet pas d’exclure un ou plusieurs cas de syphilis congénitale.

Les premiers résultats de l ’opération menée en 2003 apparaissent très encourageants et le nouveau projet de fouille, en cours de préparation, aura pour objectif de préciser davantage l ’environnement archéologique, afin de caractériser le recrutement de l ’ensemble funéraire. Le dépouillement des sources historiques pourra peut-être préciser la nature des contacts entretenus entre ce groupe et les occidentaux déjà très présents dans cette partie du Ghana, au cours de la deuxième moitié du XVIIe siècle. Il s ’agira également de préciser la nature des relations entretenues avec le port principal du royaume d’Eguafo, afin d ’évaluer le degré d ’isolement du groupe étudié. L ’étude en cours du matériel archéologique apportera d ’ailleurs des renseignements précis à ce sujet.

 

La mission s’est déroulée en juin 2003, avec le concours du directeur régional du Ghana Museums and Monuments Board à Cape Coast, que nous tenons à remercier.

La fouille du site Nsadwer-Bosomtwi, réalisée sous la direction de Gérard Chouin (Syracuse University, NY), s’inscrit dans un projet de thèse financé par une bourse IDRF attribuée par le Social Sciences Research Council.BibliographieCHOUIN G. (2002) – Sacred groves as historical and archaeological markers in southern Ghana. Ghana Studies 5 (2002) 177-196.CHOUIN G. (2002) – Sacred Groves in history : pathways to the social shaping of forest landscapes in coastal Ghana. IDS Bulletin, 33, 1, 2002, 39-46.

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Anthropologie, paléoanthropologie et archéologie
Activités et nouvelles
1ère année – n° 2, février-mars 2004, 3 p.

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Bilan 2003 du programme d ’étude des tumulus de Mussig (Bas-Rhin)

Posté par ericboes le 30 septembre 2007

 Eric BOËS (INRAP)

Les tumulus de Mussig, au lieu dit Plaetze, sont situés au cœur du Ried Centre Alsace, à la hauteur de Sélestat, à 4 km à lest de lIll et à 12 km à louest du Rhin. Séparés en deux groupes (nord et sud) composés dune vingtaine de tumulus chacun, ils font partie dun important groupe de tertres édifiés au cours de la Protohistoire et implantés dans la micron-région de Heidolsheim.

Une campagne de fouille programmée menée en 2001 sur deux tumulus du groupe sud a permis de relancer un projet de recherches sur ces tertres du Ried, fortement menacés par les activités agricoles. Lopération menée en 2003 dans le même groupe a permis lachèvement du plan des tertres encore conservés, ainsi que la localisation des tumulus repérés lors des nombreuses prospections aériennes, menées depuis les années soixante (en tout 25 tertres). Une dernière anomalie relevée à la surface du sol a fait lobjet dun décapage, qui a révélé une remontée du substrat à ce niveau, confirmant lhypothèse formulée en 2002 selon laquelle certains tumulus présumés pouvaient correspondre à des reliefs naturels. Le tumulus fouillé par Hatt en 1946 a pu être situé avec plus de précision. Il correspond probablement au groupe des trois tertres repérés sur les photographies aériennes à lextrémité sud du groupe sud des tertres et dont 2 ont été fouillés en 2001. L’état de dégradation des tumulus situés dans les terrains cultivés apparaît aujourdhui plus important que nous ne pouvions limaginer en 2001, démontrant lintérêt du suivi archéologique de ce site très menacé. Seul un dernier tumulus semble encore conservé dans lensemble des parcelles cultivées (tumulus16), mais sa forte dégradation nen est pas moins probable (fig.1).

Une tranchée de 100 m de longueur a été réalisée en 2003 à travers le groupe sud des tertres (en dehors des tertres), afin de préciser la stratigraphie du site, évaluer les variations des alluvions rhénanes et préciser leur rôle dans les anomalies de surface, parfois confondues avec des tumulus. Elle a également permis dinterpréter les prospections électriques et géoradar menées en 2002 et 2003. Limportant échantillonnage effectué à cette occasion a permis de poursuivre l’étude des sols et surtout de lanmoor caractéristique du Ried noir. Un examen plus particulier a été effectué au niveau des chenaux, dont certains présentent un comblement terminal constitué de limons tourbeux. Un première étude palynologique insiste sur lintérêt de ces chenaux pour les données paléoenvironnementales, par la présence de marqueurs mieux conservés que dans les tumulus. Les premières datations de ces chenaux, proposées par l’étude des pollens réalisée par Jaqueline Argant (Institut Dolomieu, Grenoble), indiquent un fonctionnement contemporain des tumulus de l’âge du Fer. La compréhension des conditions doccupations de cette partie du Ried implique donc la prise en compte de ces chenaux, dont les remplissages demeurent des marqueurs chronologiques particulièrement précieux, déjà mis en valeur dans des études anciennes. Il semble par ailleurs que certains chenaux ont pu faire lobjet dun entretien, marquant une emprise sur le paysage proche des tertres au cours du Ier millénaire av. J.-C. Le contexte archéologique et la présence dun groupe de tumulus dans cette dépression très humide de Mussig a conduit à relier les données environnementales avec les différentes traces de présence humaine dans ce secteur, depuis l’âge du Bronze jusquau début de la période romaine. L’équipe intègre donc ses travaux dans une thématique Homme-Milieu au cours de la Protohistoire dans la zone humide du Ried, qui pourra être comparée avec dautres études similaires menées dans dautres régions. Elle constitue un cadre de référence qui fait actuellement défaut pour lensemble de la zone humide de la Plaine du Rhin, malgré lintérêt de cet environnement majeur, pourtant fortement menacé.

En 2003 l ’équipe d ’encadrement était constituée de : Eric BOËS, Anne GEBHARDT, Marina LASSERRE, Laurent SCHMITT, Dominique SCHWARTZ, Stéphanie GOEPP et Eric GELLIOT

BCCEPA – Activités et nouvelles
1ère année – n° 1, janvier 2004, 2 p.  –

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